dimanche 26 septembre 14h - 18h30
samedi 3 octobre 14h - 18h30
dimanche 4 octobre 14h - 18h30
L’exposition « Totems », œuvres de Fabien Ansault, s’inscrit dans la continuité du cabinet de curiosités du musée.
Ici, le fantastique et l’art brut cohabitent avec des gravures d’insectes issues de l’histoire naturelle.
LES MONSTRES, CA FAIT PEUR LA NUIT
SANGLIER RIEUR, 205cm
(articulé)
Dans une exposition à voir et à vivre,
Fabien Ansault apprivoise pour nous les monstres
qui hantent la nuit humaine. Il rappelle à la mémoire du grand prédateur :
l’homme que celui-ci eut d’abord à fuir et à se cacher parce qu’il fut
premièrement une proie. Comment expliquer sinon la fascination pour l’os
et les plumes, les crocs et les griffes, la carnivorie et ses restes ?
Pourquoi alors l’invincible tremblement de la chair quand le loup hurle
dans les histoires racontées le soir ? Pourquoi cette inquiétude dans la
forêt d’entendre le piétinement des bêtes et leurs cris qui donnent l’envie
irrépressible de courir ? Et cette panique qui naît chez les petits quand
l’ombre des arbres s’allonge l’hiver et qu’ils doivent rentrer seuls ?
Geste de sculpteur autant que de shaman,
le travail de Fabien Ansault convoque les monstres
qui au fond de nos mémoires et de notre imaginaire
témoignent de notre condition archaïque :
l’être humain fut faible et fragile, tremblant à la lisière
de la vie et de la mort, dans le froid d’une première aube,
offert à la faim des grands carnassiers. Pas seulement les enfants
mais tous ceux qui se réveillent en sursaut la nuit, éclairant
brusquement la chambre, faisant reculer l’ombre, le savent et s’en souviennent.
Dans leur regard halluciné parfois des formes s’attardent.
Ce sont ces fantômes que Fabien Ansault capture,
fossiles de nos peurs les plus anciennes.
Vestiges très réels d’un immémorial passé. Ces traces dérobées
qu’il habille de bois et d’os, de plumes et de fer, évoquent
des trophées de chasses barbares, ou des titans en armures
dont les squelettes blanchissent sur des champs de batailles oubliés.
Ici un samouraï hiératique gardant la porte des royaumes combattants.
Là un serpent à plume, dont les vertèbres décorés s’enroulent
autour d’un totem. Le spectateur stupéfait ralentit,
arrêté par ce regard d’amour et de mort. La prédation est une hypnose,
une transe morbide et érotique dont les reptiles ont fixé
de la manière la plus simple et la plus précise le rite.
D’une beauté étrange et fatale, les monstres prédateurs ou guerriers,
nous rappellent que la mort pour les êtres de chair est souvent une affaire violente.
Mais la grand tuerie des prédateurs s’est achevée au commencement de notre ère.
C’est désormais en maître que l’homme, seigneur des chasses,
règne sur une faune subjuguée et docile.
C’est pourquoi les sculptures de Fabien Ansault sont aussi des reliquaires
d’un monde disparu, un mémorial pour les grands fauves de jadis.
Nous frémissons d’une condition qui n’est plus la nôtre, il est bon
d’en ressentir la peur afin d’en retrouver l’antique humilité.
L’artiste shaman appelle les monstres mais aussi par la beauté plastique
dont il les pare, sait leur rendre un culte. L’esprit de la bête morte
ne doit pas revenir, il ne doit pas hanter le territoire des vivants.
Le shaman fait offrande de son corps pour demander le pardon du clan meurtrier.
Le totem est un autel propitiatoire.
Nous n’adorons les prédateurs monstrueux que parce que nous les avons
impitoyablement tués. Ainsi se trouve exposée la cause secrète, inavouable,
maudite du sacré : le massacre.
Mais l’artiste shaman sait aussi
se faire démiurge, puisqu’il offre un territoire
visible à tous les animaux qui
LE MOUSTIQUE, 230cm
bondissent et na
gent dans
les songes des hommes
puisqu’il donne aussi une existence à ceux que l’évolution ne sut créer.
Et un regret nous étreint à la vue du dauphin d’eau douce cet ami souple
et fidèle que tant d’enfants ont rêvé au bord des rivières.
L’invention plastique de Fabien Ansault fait surgir une autre nature,
une terre possible. Il décline ainsi une biologie fabuleuse, avec ses ordres,
ses genres et ses espèces. Naturaliste fantastique il crée au-delà
de la terratologie qui expose dans des bocaux les ratés de la vie,
la science de ses réussites imaginaires. L’insecte à corne, le sanglier rieur
deviennent les compagnons d’étranges promenades.
Ce n’est plus la peur archaïque qu’explore le travail de l’artiste,
mais celle mêlée de curiosité qui naît de la rencontre avec l’étrange.
Cette peur qu’il fait jouer avec humour est aimable. Le spectateur
n’est plus saisi par la transe mais par une surprise amusée. Un dragon s’attarde
longtemps sur votre épaule, à moins qu’il ne s’agisse d’un minuscule saurien,
sentant peut-être que vous pourriez l’adopter. De fascinants les monstres deviennent
familiers.
Qu’il soit Shaman ou démiurge, l’artiste qui apprivoise les monstres
est subtilement pédagogue. Car le monstre est un miroir, il envoûte
irrémédiablement celui qui ne veut pas le voir, c’est-à-dire voir en lui-même
la sauvagerie et l’étrangeté toujours possible, au contraire il témoigne
de notre difficile et incertaine humanité quand on le reconnaît comme
un frère humain perdu aux limites de l’humanité.
Le monstre est l’ami des enfants, quand il ne les dévore pas,
car il leur apprend à être des hommes.
C’est pourquoi on viendra voir l’exposition de Fabien Ansault en famille,
pour trouver un totem à la tribu, rêver d’une autre nature ou adopter un dragon volant.
L’art nous fait redécouvrir alors les chemins par lesquels l’humanité s’est perdue
et trouvée, sentiers archaïques et imaginaires des origines et de l’enfance.
Oui, les monstres quand on est homme ça fait vraiment peur, la nuit.
Emmanuel KROMICHEFF, philosophe, septembre 2008
GROUPE/ TOTEMS créations Fabien Ansault
antenne-rateau : 230cm
sanglier aborigène: 195cm
renard ailé: 195cm
ANTENNE-RATEAU, 230 cm
LA FILLE DE COCHISE
(160 cm)
LE RENARD AILÉ
(195 cm)
LA PEUR DU DENTISTE
(160 ou 320 cm, selon support)
LE SANGLIER ABORIGÈNE
(195 cm)
SAMOURAÏ
(235 cm)